Le gouvernement agit pour les salaires en rémunérant les agents publics au moins au SMIC?
Encore heureux qu'il respecte ce qui est une obligation! 


Baguenaudant de chaînes en chaînes en mode désinvolte, le pouce appuyant sur la touche "+" à quelques secondes d'intervalles, je suis resté plus que de coutume sur une débat de BFM TV vers 22h30 le 26 avril 2023.

Plus que de coutume car le principe des chaînes d'information continue, une punchline tous les quart d'heure, un sujet nouveau toutes les demi-heures, une fois connu, m'insupporte.
J'avais déjà pris la décision de ne pas les regarder autrement que par accident, et très brièvement, avec l'arrivée du 1er confinement, décision salutaire pour ne pas générer de l'angoisse en boucle.
De ce choix, je ne suis jamais revenu, et ne m'en porte pas plus mal.

Débat, comme d'habitude, quand on le prend en cours, il faut un cetain temps pour savoir qui est qui, pas de bandeau de rappel ni de chevalet, enfin bon...
Mais manifestement, un Renaissance en mission commandée de défense de l'action gouvernementale passait un drôle de moment face à un type en costard noir, chemise blanchen cravate noire. Qui l'a tranquillement ratatiné en lui assénant que l'élément de langage récurrent des derniers jours portant sur la nécessité d'être humble, admettait en creux toute l'arrogance de ces 6 dernières années.

Après toute petite recherche, ce n'était pas un débat, mais une interview de Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publique, face à la rédaction de la chaîne, l'intervenant caustique étant Charles Consigny, et ça se trouve à partir de 16:00 sur ce lien:
https://www.bfmtv.com/politique/gouvernement/l-interview-de-stanislas-guerini-en-integralite_VN-202304260903.html

Le pauvre ministre tâchant d'interrompre un intervieweur pour casser son fil de pensée était en soit savoureux, je suis finalement resté assez longtemps pour déguster le moment d'anthologie à partir de 19:58.
La question étant ce que le ministre allait dire le lendemain aux 8 syndicats demandant l'ouverture de nagociations salariales dans la fonction publique, en vue de revalorisation.
Réponse en substance, on fait déjà pour les bas salaires, la preuve vient de passer en conseil des ministres un décret augmentant au 1er mai l'indice du plus bas salaire pour que celui-ci ne soit pas inférieur au SMIC. Et de présenter ça comme une bonne volonté de ce gouvernement envers les plus bas salaires, en rappelant que ça a déjà été fait 5 fois (depuis qu'il est ministre?), et de dérouler comme si ça représentait une politique salariale d'ensemble envers les fonctionnaires.

Sauf que...
Ce n'est en rien une gentillesse de ce bon gouvernement envers les plus pauvres de ces agents, ni une aumône non plus, c'est un droit, et une obligation pour l'Etat.
L'obligation de rémunération au moins égale à ce qui était à l'époque le SMIG (G = Garanti, maintenant c'est SMIC, C = de Croissance) avait déjà été établie par le Conseil d'Etat dans les années Pompidou (de mémoire j'aurais dit 1972?) et surtout reconnu comme un principe général du droit, pour tout agent public, titulaire comme contractuel, dans l'arrêt Aragnou, CE 23 avril 1982.

Donc, tout employeur public doit payer ses agents au minimum au SMIC, et ce même si l'échelle indiciaire a laquelle il a été recruté correspond à une rémunération théorique inférieure.

La seule innovation apportée par les décrets du gouvernement Borne est la détermination, par avance, de l'indice le plus bas au moins égal au SMIC qui devra être utilisé.
C'est une mesure technique qui permet essentiellement au gestionnaire de savoir d'avance quelle base utiliser pour l'établissement des fiches de paye, au lieu de soit, 1) attendre la circulaire ministérielle donnant le bon chiffre, et souvent de devoir faire un ratrappage sur une paye suivante, ou 2) chercher soit même la bonne valeur d'indice correspondante, au risque de se tromper et payer trop ou pas assez, ce qui n'est bien ni dans un sens ni dans l'autre pour le comptable public.

Réduite ainsi à une mesure technique, cette revalorisation n'est alors que l'expression d'une obligation, et en aucune manière la mesure en faveur des bas salaires décrite par Stanislas Guérini.

Résultat, mon esprit juriste a juste explosé de rire, et mon pouce a repris son agitation sur le bouton + et fait défiler nonchalement les chaînes...

Et ce matin, voulant me rafraîchir la mémoire, j'ai retrouvé et regardé en grande partie l'interview du ministre. Il est manifeste qu'il est en opération commandée de reconquête avec affichage des nécessaires humilité et écoute. Il interrompt donc peu souvent ses interlocuteurs même quand lui et le gouvernement qu'il représente prennent assez cher.

Du coup, je suis un peu partagé.
Je peux comprendre un peu de fatigue au bout de 20 minutes de traitement "viril mais correct" au point qu'il se se raccroche à une bouée inexistante avec un argument fallacieux.
Mais quand même, il est ministre de la transformation et de la Fonction Publique, c'est son coeur de métier, à tout le moins de ses subordonnés, et ne pas maîtiser à ce point l'essence même d'un texte dont il est sgnataire, est-ce bien normal?
Ou alors c'est juste un moyen de dévier. Ce qui a été assez efficace puisque les intervenants sont pasés à autre chose.

En résumé?

La revalorisation à niveau du SMIC des plus bas salaires des agents publics est une obligation à laquelle doit se conformer sans attendre tout employeur public, en respect de toute évolution du SMIC.

L'affirmation de Stanislas Guérini selon laquelle cela serait une mesure gouvernementale volontaire en faveur de ces plus salaires est franchement erronnée et, sinon délibérément mensongère, à tout le moins un embellissement de son action, que l'on pourrait bien prendre pour un travestissement de la vérité.

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